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Archive for septembre 2000

La modernité serait-elle dans le rétroviseur ? Les politiques d’émancipation modernes auraient-elles définitivement perdu leur force propulsive et leur signification historique ? Le capitalisme de la flexibilité et de la précarité, à la fois ludique et asservissant, globalisateur et fragmentaire, constituerait-il désormais notre horizon indépassable ? À en croire les discours béats de la « postmodernité », la « culture narcissiste » et le triomphe de l’esprit entrepreneurial lié à l’émergence de la nouvelle économie, sont des éléments de rupture avec la constitution fordiste de la société, réputée, quant à elle, figée sinon archaïque.

Le reflux du « projet moderne » et des « utopies révolutionnaires » ferait basculer les choses du côté du « frivole », du « zapping généralisé », de la décollectivisation libérale de l’espace public et des mentalités. La surimplication productive du salariat flexibilisé, sa différenciation, la marchandisation universelle du monde acquièrent dès lors une positivité faussement libératrice qui fait écran aux nouvelles formes d’exploitation et de domination. Assumer et aiguiser cette « mutation incontournable », promouvoir son « esprit » comme une vérité tellement évidente pour qu’elle puisse se soustraire à toute justification raisonnée s’apparente à une tâche quasi « révolutionnaire ». Et pour cause : les forces dominantes s’emparent de la « révolution », bouleversent les rapports sociaux, réalisent une véritable révolution capitaliste.

De ce point de vue, la « refondation sociale » du MEDEF, au-delà des motivations conjoncturelles et de la crise durable des partis politiques de la droite, s’inscrit dans une tendance profonde du capitalisme postmoderne. C’est un mouvement de reproduction élargie du rapport capitaliste qui dispose d’une ambition projectuelle indéniable, d’un substrat matériel considérable, des classes-appuis, des stratégies d’imposition et de légitimation sociales. Il s’agit non seulement de se débarrasser des « scories sociales » du fordisme, mais d’opérer un retournement spectaculaire dans l’agencement des différentes sphères de la vie sociale. L’objectif suprême est le marché efficient, l’entreprise performante, la rentabilité maximale du capital.

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