Feeds:
Articles
Commentaires

Par Michel Vakaloulis

Article publié dans la revue RH&M, n° 70, juillet 2018

Pour être un métier enrichissant humainement, il n’en demeure pas moins que le management de proximité est un métier dur qui requiert une capacité de gérer des situations complexes, voire paradoxales. Les difficultés auxquelles sont confrontées les encadrants dépassent largement la question de leur savoir-faire ou de leur autorité personnelle. Il s’agit de s’impliquer dans la régulation des rapports de travail plutôt que d’appliquer machinalement des règles techniques ou des critères de performance financière. Ils sont pourtant constamment perturbés, sinon désorganisés, par de multiples exigences et pressions qui alourdissent leurs tâches : demandes de résultats immédiats, traçabilité, comptes rendus d’activité au quotidien, assurance qualité, etc.

La première difficulté vient, précisément, de l’engagement managérial sur plusieurs fronts. D’une part, l’encadrant est sollicité comme réducteur de complexité face à la multiplication des interfaces et des objectifs contradictoires. Il s’agit de décliner sur le terrain des objectifs atteignables et mesurables, de personnaliser les trajectoires des agents, d’identifier les talents. Il faut donc trouver un bon équilibre, organiser des convergences, rester cohérent. En ce sens, le métier d’encadrant est expérimental par excellence.

D’autre part, il s’agit de donner du sens, en inventant des argumentaires pour convaincre les salariés, les motiver, les mobiliser. Le manager est ainsi dans une tension permanente, confronté à la résistance des collaborateurs, au manque de coopération, à la pression de la hiérarchie. Disponible et attentif aux autres, mais par la force des choses aussi, manquant et insuffisant à soi-même.

Lire la suite »

Publicités

Un entretien de Michel Vakaloulis, Le Monde, 26 juin 2018, propos receuillis par Charlotte Chabas.

Après de longues discussions, les ministres des finances de la zone euro (l’Eurogroupe), réunis jeudi 21 juin à Luxembourg, ont réussi à s’accorder sur les conditions de sortie de la Grèce de son troisième plan, prévue pour le 20 août.

Le pays aura reçu 300 milliards d’euros de prêts en échange d’un plan d’austérité et de réformes drastiques. Mais pour Michel Vakaloulis, enseignant chercheur en sociologie politique à l’université de Paris-VIII, cette sortie « est surtout symbolique, la Grèce va rester dans un régime d’exception ».

 — Huit ans après le début de la crise, à quel point la société grecque a-t-elle changé ?

AthènesMichel Vakaloulis  — La société grecque a subi une série de bouleversements à marche forcée sans précédent : réforme des retraites, des conventions collectives, de la sécurité sociale, du système des impôts, du salaire minimum et des aides sociales, entre autres… Cela donne une chute considérable et durable du niveau de vie des Grecs, et un triplement du taux de chômage, avec notamment le plus important taux chez les jeunes en Europe.

Le pays a été profondément traumatisé, et la fin du troisième plan d’aide ne va pas changer cet état de fait. C’est la plus longue crise pour un pays occidental depuis la seconde guerre mondiale.

 — Ces derniers mois, l’économie semble retrouver légèrement des couleurs, est-ce bon signe pour la suite ?

On peut dire que la situation s’est stabilisée, à l’image des comptes de l’Etat. Mais la croissance est un peu moins élevée que prévu, et surtout la dette reste immense. En revanche, c’est vrai que le chômage a baissé de quelques points ces derniers mois, mais c’est surtout dû à une hausse des embauches due à l’embellie saisonnière. Aujourd’hui, le tourisme est devenu l’industrie lourde de la Grèce, qui connaît une énorme explosion de la fréquentation, avec 36 millions de personnes attendues cette année.

Lire la suite »

Par Margherita Nasi

Article paru dans Le Monde, 30 mai 2018 sur le livre Du pouvoir vertical aux pouvoirs partagés

Albert Camus distingue, dans L’Homme révolté, deux types d’efficacité, celle du typhon qui – emporte tout sur son passage et celle de la sève qui fait pousser. Comme le typhon, le pouvoir – vertical et hiérarchique « emporte sur son passage une bonne part de l’autonomie des acteurs, de leur créativité, de leur capacité à contribuer à l’œuvre collective », estiment Hervé Sérieyx et Michel Vakaloulis. Dans leur ouvrage Du pouvoir vertical aux pouvoirs partagés, le vice-président national de France Bénévolat et l’économiste et docteur en philosophie estiment que l’efficacité de la sève « risque de ne plus être demain un choix organisationnel possible mais une évidente obligation ».

Le constat de plus en plus partagé de l’écart entre l’ « attention réduite que nous accordons aux impulsions venues d’en haut et le volume croissant d’informations que nous échangeons horizontalement dans nos réseaux sociaux, tout cela périme à une vitesse météorique nos règles du jeu collectives ». Révélateur de cette évolution, l’écart se creuse entre l’image négative d’une DRH manipulatrice, exécutant les basses œuvres de patrons sans âme, et l’effort prospectif auquel s’obligent les professionnels de cette fonction essentielle dans un environnement liquide.

Evoquer une montée en puissance des pouvoirs partagés alors que des pouvoirs verticaux colossaux –  Gafam, multinationales… –  sont en train de coloniser la planète peut sembler paradoxal. L’individu, si désireux d’être personnellement et collectivement acteur de son destin, « se retrouve en fait ligoté de partout, à l’instar de Gulliver à Lilliput, par des algorithmes qui le cernent, des pubs et des produits qui le conditionnent et des normes qui l’entravent ».
Face à la multiplication des typhons, que peut la sève ? « Elle peut tout. »  Parce que nous allons vers un monde chamboulé par des forces qui nous échappent, c’est toute l’intelligence collective des membres de l’équipage qui est nécessaire pour inventer les conditions neuves d’une vie bonne pour tous. L’émergence du pouvoir collaboratif ne concerne pas uniquement une remise en cause des pratiques de management : « Il s’agit d’une durable transmission sociétale qui sera désormais au cœur de l’action politique et de ses enjeux. »
© Le Monde

 

Priorité au décryptage, samedi 26 mai 2018 (14h-15h), présenté par Florence Duprat, sur BFMTV.

Avec: Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Economiques. Michel Vakaloulis, sociologue et politologue à l’Université Paris 8. Judith Waintraub, reporter politique au Figaro Magazine. Et Sylvain Boulouque, historien de La gauche radicale.

 

 

 

Par Jean-Pierre Bellier

Compte rendu publié dans Futuribles, n°424, mai-juin 2018

 

Du pouvoir vertical aux pouvoirs partagésPrenant acte du grippage — et donc de l’inefficacité de plus en plus flagrante — des modes de gouvernance au sein des organisations humaines, administrations publiques comme structures de droit privé, les auteurs s’engagent dans une sorte d’exégèse de l’exercice de formes verticales du pouvoir. Forts du constat de l’inadaptation de styles managériaux traditionnels qui, quels que soient leurs qualificatifs alléchants, ne prennent pas en considération l’évolution du rapport de tout un chacun avec le monde qui l’entoure, ils nous conduisent à nous interroger sur les vertus de modalités managériales et décisionnaires alternatives.

Pour ce faire, ils s’appuient sans l’énoncer sur une variante de la « théorie du tout » chère à feu Stephen Hawking, fameuse synthèse entre relativité générale et physique quantique, ce qui leur permet d’explorer le lien susceptible de rassembler dans une même perspective les quatre interactions fondamentales du management : le capital humain, la numérisation de l’activité, le bien-être au travail…, et in fine, une autre conception de la production de valeur ajoutée… Pour nos auteurs, donc, il semble exister dans les organisations humaines un parallèle à la gravité quantique à boucles : un exercice et une relation revisitée au pouvoir. Et ils réussissent sans conteste à nous donner envie de nous aventurer dans leur sillage.

Lire la suite »

ENTRETIENS CROISÉS RÉALISÉS PAR PIERRE CHAILLAN
 

Avec Sophie Béroud, maîtresse de conférences en sciences politiques, université Lyon-II; Stéphane Rozès, consultant, président de la société de conseil CAP, enseignant à Sciences-Po et HEC; Michel Vakaloulis, sociologue, maître de conférences en sciences politiques à l’université Paris-VIII et coauteur de Du pouvoir vertical aux pouvoirs partagés (avec Hervé Sérieyx, Editions de l’Atelier, 2018)

Que traduit, selon vous, la recrudescence récente des mouvements sociaux, du privé et du public, dans des champs parfois très différents ?

Sophie Béroud — Ces différents mouvements marquent l’actualité de ce printemps, ce qui peut gommer de prime abord leurs différences. Certains constituent des réponses à des contre-réformes lancées sans réelle concertation par le gouvernement Philippe (à l’image des étudiants et des personnels des universités ou des cheminots), d’autres à des mécontentements accumulés depuis des années dans une entreprise (comme sur les enjeux salariaux chez Air France), alors que d’autres renvoient davantage à un lent travail de construction des revendications dans des secteurs où l’implantation syndicale est plus faible. On peut dire que dans leur diversité ces mouvements sociaux contribuent à montrer la centralité du syndicalisme, mais aussi les différentes dynamiques dans lesquelles il s’inscrit.

Lire la suite »

Ce texte est extrait de l’ouvrage de Michel Vakaloulis, Travail salarié et conflit social (dir.), PUF, 1999. 

 

FRANCE-MANIFESTATION-CHEMINOTSLes cheminots de la SNCF étaient en pointe des mouvements de grève qui ont paralysé la France il y a 23 ans. FRANCOIS GUILLOT/AFP

AFP PHOTO/FRANCOIS GUILLOT

La mobilisation collective de l’automne 1995, en France, a suscité moult interrogations qui ne semblent pas s’estomper aujourd’hui, deux ans et demi après ce qui fut un « événement » remarquable et remarqué. Les présupposés socio-économiques du conflit, sa véritable « nature », son ampleur et ses limitations, et surtout, ses potentialités politiques sont les principaux aspects autour desquels se noue la discussion, savante, journalistique ou politique. La préoccupation commune des acteurs mobilisés contre les réformes du gouvernement d’Alain Juppé de contester la fatalité de la crise et, fondamentalement, de dénaturaliser les conséquences de celle-ci sur les fractions les plus déstabilisées et les moins protégées de la population a laissé, manifestement, des « traces » qui ne sont pas limitées à un seul domaine. Le « tracé de l’événement » s’est avéré profond, à la fois politiquement et symboliquement.

Conflit social de grande conséquence, le mouvement de l’automne 1995 continue de faire parler de lui, contradictoirement, sur le mode de l’invite à l’action contestataire ou sur le mode de la dépréciation de sa saillance politique. Certaines interprétations, éloquentes dans leur mutisme sur le fond de l’affaire, tendent à minimiser la portée de la mobilisation jusqu’au point de la réduire à une malencontreuse « parenthèse de l’histoire ». Mais l’évocation de l’événement reste « évidente ». La persistance de la contestation sociale depuis novembre-décembre 1995 contribue, par ailleurs, à renforcer la valence référentielle de ce mouvement. Certes, les postures discursives et les considérations dont il est l’enjeu ne lui sont pas toujours bienveillantes. Alain Touraine, par exemple, a opposé récemment le mouvement des chômeurs, porteur d’après lui de radicalité et d’espoir, au mouvement de décembre 1995, quant à lui rétrograde et hostile à la modernisation. En revanche, les animateurs du mouvement des chômeurs n’ont eu de cesse de souligner l’exceptionnel encouragement à la mobilisation que représente pour leur combat l’expérience de décembre 1995, expérience qui rompt avec le fatalisme de la dégradation du travail salarié.

Lire la suite »